Axes de recherche

S’inscrivant dans une perspective d’adaptation réciproque des délinquants et des organisations policières, l’Équipe de recherche sur la délinquance en réseau (ERDR) entend étudier les processus par lesquels le crime a évolué vers un phénomène de réseau et, en réaction, comment les organisations d’application de la loi et de sécurité sont plus orientées vers le mode de réseautage. C’est cette interaction entendue comme dualité crime-sécurité, concept qui est au cœur du programme de recherche. La programmation de recherche de l’ERDR comporte deux axes et huit chantiers.

PROJET | LA DÉLINQUANCE EN RÉSEAU
DESCRIPTION

La délinquance en réseau est un facteur d’insécurité qui est en train de se substituer à la délinquance individuelle (exception faite des crimes spectaculaires comme les attentats dans les établissements scolaires), comme en témoigne un ouvrage récemment publié par une députée fédérale canadienne (Mourani, 2006). Ce type de délinquance occupe donc une place considérable dans l’opinion publique, dans les priorités des forces policières et dans les politiques gouvernementales en matière de sécurité. Il existe en première part un grand nombre de recherches sur la délinquance en réseau (voir l’annexe bibliographique). Toutefois, ces recherches se regroupent en divers ensembles cloisonnés – terrorisme, crime organisé et bandes de jeunes – qui communiquent peu entre eux et utilisent des concepts différents. Schmid (2004) a récemment montré que les réseaux terroristes et ceux du crime organisé possédaient plusieurs traits en commun et collaboraient entre eux de façon croissante. On trouve d’autre part un second groupe de recherches sur la lutte contre la délinquance en réseau, principalement conduite par la police. On trouve toutefois très peu de travaux qui conjuguent les caractéristiques de la délinquance en réseau et celles des opérations policières dirigées contre elles, en dépit des nombreuses homologies structurales entre réseaux délinquants et organisations policières, parfois modelés les uns sur les autres (Manning, 2004).

CONCEPT | CADRE THÉORIQUE

Notre programmation de recherche s’inscrit dans la ligne de l’interactionnisme symbolique (Becker, 1963 ; Blumer, 1969, Goffman, 1969 ; Manning, 2003). Nous tentons toutefois d’y apporter deux modifications essentielles. D’abord, nous recherchons l’interaction autant au plan de la pratique qu’à celui du symbole. Ensuite, contrairement à l’interactionnisme classique qui privilégie l’action définissante de la justice pénale sur la délinquance, nous estimons que les effets de structuration induits par la délinquance sur la justice pénale et ses acteurs policiers sont d’une égale importance. Notre perspective est dont celle d’une co-détermination des réseaux délinquants et des organisations policières, cette co-détermination étant régie par un principe d’adaptation réciproque.

STRUCTURE | CHANTIERS

Les produits de cette co-détermination sont examinés dans le fil de deux axes de recherche, donnant ouverture à huit chantiers :

L’axe A : Construction des objets ciblés par l’intervention policière inclut les chantiers (1) crime organisé et gangs, (2) terrorisme et groupes extrémistes, (3) cybercrime, (4) criminalité en période de crise.

L’axe B : Co-structuration des pratiques d’intervention policière et des mécanismes de lutte contre la délinquance en réseau regroupe les chantiers suivants : (5) enquête policière, (6) renseignement, (7) technologie et surveillance, (8) maintien de la paix.

BIBILIOGRAPHIE | OUVRAGES CITÉS

Becker, Howard S. (1963), Outsiders, Studies in the Sociology of Deviance, Glencoe, IL : The Free Press.
Blumer, Herbert (1969), Symbolic Interactionism, Englewoods Cliffs, NJ: Prentice-Hall.
Brodeur, Jean-Paul (2005), L’enquête criminelle, Criminologie, Vol. 38, No. 2, 39-64.
Goffman, Erving (1969), Strategic Interaction, Philadelphia: University of Pennsylvania Press.
Hoffman, Bruce (2006), Inside Terrorism, Revised and Expanded Edition, New York, Columbia University Press.
Jenkins, Brian (1981), « The Study of Terrorism : Definitional Problems », Y. Alexander et J.M. Gleason, Behavioral and Quantitative Perspectives on Terrorism, New York, Pergamon Press, 3-10.
Laqueur, Walter (1987), The Age of Terrorism, Londres, Weidenfeld and Nicolson.
Laqueur, Walter (1997), Postmodern Terrorism, United States International Information Program.
Laqueur, Walter (1999), The New Terrorism : Fanaticism and the Arms of Mass Destruction, New York, Oxford University Press.
Laqueur, Walter (2003), No End to War : Terrorism in the Twenty-First Century, New York, Continuum.
Leman-Langlois, Stéphane (sous presse), « Terrorisme et crime organisé, contrastes et similitudes », C.-P. David, et B. Gagnon, Repenser le terrorisme.
Leman-Langlois, Stéphane et Jean-Paul Brodeur (2005b), « Terrorism Old and New », Police Practice and Research, 6 (2), 121-140.
Lesser, Ian, Bruce Hoffman, John Arquilla, David Ronfeldt et Michele Zanini (1999), Countering the New Terrorism, Santa Monica (Californie), Rand.
Manning, P.K. (2004). The Narcs’ Game. Organizational and Informational Limits on Drug Law Enforcement. Prospect Heights (Illinois): Waveland Press Inc, second revised edition. D’abord publié en 1980 (Cambridge, MA: MIT Press).
Manning, Peter K. (2003), Policing Contingencies, Chicago : University ofr Chicago Press.
Mourani, Maria (2006), La face cachée des gangs de rue, Montréal : Les Éditions de l’Homme.
Pape, Robert (2003), « The Strategic Logic of Suicide Terrorism », American Political Science Review, 97 (3), 1-19.
Sageman, Marc (2004), Understanding Terror Networks, Philadelphie, University of Pennsylvania Press.
Skogan Wesley et K. Frydl (2003). Fairness and Effectiveness in Policing: The Evidence. Washington, D.C. The National Academies Press.